jeudi 11 juin 2009

Le vigneron en biodynamie et le philosophe


"Les Transformations silencieuses" Editions Grasset et Fasquelle 2009
François Jullien, philosophe :
"Grandir, vieillir ; mais également l'indifférence qui se creuse, jour après jour, entre les anciens amants, sans même qu'ils s'en aperçoivent ; comme aussi les Révolutions se renversant, sans crier gare, en privilèges, ou bien le réchauffement..."



Je lis François Jullien depuis des années. Impressionné en 2002, par le "Traité de l'efficacité" (Essai Edition Poche), où je retrouvais comme en écho, certaines de mes thèses en développement. Je l'ai été encore plus, par son travail sur le potentiel de situation, les jeux d'opposition entre "procès" et "création", etc...
Aujourd'hui, François Jullien nous livre une longue méditation argumentée sur "Les transformations silencieuses", celles que nous vivons sans les percevoir, ni les ressentir, l'âge qui vient pour nous mais aussi pour cette "nature" avec laquelle nous faisons corps. Nous vivons dans l'illusion d'une permanence dans la non-perception, le non ressenti de ces transformations silencieuses qui ne sont pas des révolutions mais qui, de proche en proche, nous modifient, nous transforment.
Avec tout le respect que je dois à François Jullien pour son oeuvre, ce qu'il nous donne à penser, etc... je voudrais introduire un point de vue autre, produit de notre expérience vigneronne. Point de vue que je pourrais énoncer comme suit : celui qui dans une pratique bio et biodynamie, accompagne le cycle annuel de sa vigne perçoit, ressent les transformations silencieuses qui travaillent vitis-vinifera. J'ai bien écrit perçoit, ressent, plutôt que voit et comprend - ce que je n'exclue pas- à condition de s'expliquer sur les termes - et, cette perception, ce ressenti, s'élaborent au sein de ce que nous avons appelé "le corps à corps" avec la matière, quelle soit végétale ou autres. La permanence du contact, produit d'une vie quotidienne partagée autorise cette perception, ce ressenti des transformations minuscules et silencieuses à l'oeuvre la nature ou qui sont peût-être tout simplement la nature elle-même.
Le vigneron vit, en prise directe, "les transformations silencieuses" de sa vigne et de ses vins. Le verbe vivre ici voudrait signifier que le vigneron, sa vigne et ses vins font corps. D'où le ressenti et la perception partagée.
Le périmètre de cette réflexion tout juste esquissée pourrait être étendu à d'autres cultures. Ce qui fonde notre courte méditation sur le vigneron et les transformations silencieuses, ce n'est pas notre proximité avec le vivant végétal, ce serait plutôt la posture, le regard sur le rapport homme/nature, homme dans la nature, en quelque sorte qui donne sens à cette proximité.Je ne pense pas que le vigneron "conventionnel" sorte d'intégrateur de solutions toutes faites, pour des problèmes qui ne sont bien souvent ni compris, ni analysés, puisse se re-trouver, ou tout simplement se trouver dans cette idée d'un "corps à corps" avec la nature, qui nous permet de saisir les transformations silencieuses de la plante.
Le choix du mode cultural induit une certaine vision, des liens homme/nature.

Yvon Minvielle


lundi 18 mai 2009

ça tourne en Pays de Loire !


Nicolas Joly. Bibliothèque du Château de la Roche aux Moines.
Clos de la Coulée de Serrant
. Savennières. En biodynamie depuis 1980.

Deuxième étape : Tournage en Pays de Loire. Trois vignerons en biodynamie rencontrés à cette occasion, sans oublier leur compagne, leur famille et leurs proches : Nicolas Joly et Coralie ( "Clos de la Coulée de Serrant" à Savennières), Philippe Gourdon et Françoise ( "Château Tour Grise" Le Puy Notre Dame), Mark Angéli et Christine ( "Ferme de La Sansonnière" à Thouarce).
Et quels vignerons, que de sagesses pratiques ! Deux journées très chargées, passionnantes par la qualité des échanges, l'accueil, l'amitié, la simplicité. Difficile, impossible même d'en rendre compte.Simplement, pour mémoire quelques traits pour nommer chacun d'eux.
Un Nicolas Joly, porteur d'une vision globale, se déplaçant avec grande agilité, des univers pratiques vers des horizons spirituels et philosophiques, mais à certains moments, prenant le temps du récit familial ou de l'histoire du métier se construisant, évoquant ses amitiés présentes ou passées... Philippe Gourdon, lui, a pris le temps de nous initier à sa vision ( et à ses pratiques) de l'enherbement naturel, où les plantes sont respectées dans l'accomplissement de leur cycle. Ce qui se traduit par une seule tonte entre les rangs de vigne, juste avant les vendanges. Mais il y a plus, à chaque plante son insecte, à chaque insecte ses oiseaux. Tout se tient.
Quand à Mark Angéli, il plaide la cause des "Vignes libérées" libérées de tout palissage, taillées en gobelet pour un plein épanouissement de la plante et du fruit. On le sent en recherche perpétuelle pour améliorer, ajuster serait plus précis, les interventions du vigneron à ce que demande la vigne. Soucieux de la transmission de cette culture de métier qui lie la vigne et le vigneron, il s'inquiète des générations futures et de leur héritage.

jeudi 23 avril 2009

ça tourne en Bourgogne...


Puligny Montrachet
Anne Claude Leflaive sur son domaine en biodynamie
avec Yvon Minvielle. A la caméra : Paul Albertini



"VIGNERONS DU MONDE"
"WORLD'S BEST WINE PRODUCERS"
Biodynamy and organic wine for the futur.

Avril 2009 : Pour le web, pour un grand film,...


"World's best wine producers" n'est plus une projet rêvé. C'est aujourd'hui un projet actif. La semaine dernière, nous étions en Bourgogne "Burgundy" pour les premiers tournages. Avec des vignerons du groupe "La Renaissance des Appellations", Emmanuel Giboulot, Anne Claude Leflaive, Pierre de Benoît, et Jacky Rigaux (auteur de nombreux livres sur "les terroirs bourguignons"), nous avons commencé la belle aventure du "dire et du faire" de la pratique viticole en biodynamie. Que d'étonnements !

Né d'un jeu de rencontres et d'opportunuités , "World'best wine producers" sera conduit par des vignerons (en bio et biodynamie ) par ailleurs producteurs de films - praticiens du numérique et du multimédia, nourris d'une culture antropologique, sociétale et philosophique.

Affirmer et afficher les différences ne suffit plus. Pour mieux démontrer, il faut montrer : les pratiques, les manières de faire, les postures, les interventions, les techniques et procédés, la variabilité des situations et leurs effets sur nos manières d'intervenir, sur les arts de la vigne et du vin, les talents du vignerons, ses lectures du monde, etc... La plante, être vivant, vit de ses liens avec ses environnements, ses reliances. Le vigneron fait corps avec eux. Il les ressent plus qu'il ne perçoit. Faire comprendre ces liens, les montrer ! Telle est l'ambition du projet "Vignerons du monde", "World's best wine producers" ! Désir de faire comprendre le corps à corps du vigneron avec le vin en train de se faire, dans les barriques, les cuves, les caves, les celliers, les chais et autres lieux,.. Recherche de l'équilibre, de la grande pureté, approche de l'harmonie presque parfaite, expression de la vérité du terroir . Pour le bonheur de tous !

lundi 13 avril 2009

Cancer. De quel vin parle-t-on ?


Apparition des premières grappes 2009 à Lagarette

Cancérigène, le vin ? De quel vin parle-t-on ? Et qui parle ainsi ?


Pas facile d’aborder ce sujet dans notre blog. Mais comment l’éviter, l’info est partout. Alors pourquoi ne pas faire face, et dire ce que nous pensons des propos tenu par l’INCa ( Institut national du cancer ) dans son document « Nutrition et prévention des cancers » mis en ligne le 17 fevrier 2009.

Quatre points en forme de réserves :

Première réserve : En France la parole du médecin, encore plus celle du médecin ayant un statut fort est en principe inattaquable. Conéquence , les propos tenus par le Professeur Dominique Maraninchi, Président de l’INCa « le vin est un alcool, donc cancérigène » sont doublement garantis par la science d’une part et par le service de « l’Intérêt Général » d’autre part. Sauf que cette prétendue universalité ( scientifique et républicaine) n’a plus la tenue et la stature que l’on pouvait auparavant lui accorder. La science prétenduement positive dévoile un peu plus chaque jour les choix, et c’est heureux, qui sont au fondement de ses argumentations. Ainsi pour le rapport qui nous intéresse Dominique Maraninchi nous explique dans le journal « Le Monde » du 10 avril dernier, que tout est un problème de dosage et qu’il ne faut pas confondre le dosage maximal et le dosage recommandé. Merci Professeur, pour cette précision ! Elle nous permet de mieux apprécier la « qualité scientifique » des propos tenus, qui apparaissent ici, comme essentiellement argumentaire.

Deuxième réserve : L’universalité des propos tenus par l’ INCa n’est pas partagé par l’ensemble de la communauté médicale. Ainsi certains médecins dont David Servan Schreiber, auteur de l‘ouvrage « Anticancer » ont souhaité faire connaître par la « Grande Presse » un autre point de vue, une autre lecture des faits. Question de dosage !

Troisième réserve : Toutes ces Institutions de Recherches fonctionnent en réseau. Elles s’appuient les unes sur les autres pour parvenir à des conclusions qui certes les honorent, mais qui aussi les servent. Certains diraient qu’ils forment un « lobby ». On lira avec intérêt l’article de Jérôme Beaudouin de « La Revue du Vin de France » où celui ci nous montre et nous démontre qu’il existe des liens entre les ligues anti-alcooliques, les auteurs de certaines études et les plus Hautes Autorités sanitaires, et que ces liens se traduisent entre autres par du statut et de la rémunération.

Quatrième réserve : Pas un seul mot à notre connaissance sur le fait qu’il y a au moins deux sortes de vin : les "conventionnels » et les "naturels ». Tous deux contiennent bien entendu de l’ alcool, mais les conventionnels eux, sont en plus chargés de résidus de pesticides et de produits chimiques œnologiques, dont on connaît les qualités cancérigènes et leurs effets sur la santé.

Alors pourquoi, Messieurs de l’INCa, ne pas lancer une étude dont le libellé pourrait être, sous réserve d’être aménagé et travaillé "Etude comparée des risques cancérigènes" pouvant être attribués aux vins conventionnels d’une part et aux vins naturels ( Bio , biodynamie, vins de terroir, etc…) d’autre part.
Pour votre information, dès 2007 des vignerons en bio et biodynamie ont eu le souci de faire analyser la teneur en résidus de pesticides de leur vin (Blog : httpchateaulagarette.blogspot.com, 13 juin 2008 "Le vin de Lagarette sans résidus de pesticides" )
Ces initiatives font suite à l' "Etude Vin PAN Europe" 26 mars 2008 " Message dans une bouteille" sur le même sujet. La "Très Grande Presse" a repris avec une extrême modération les communiqués et conclusions de ces études. Dommage et dommageable pour la compréhension du plus grand nombre des consommateurs et de nos concitoyens, des problèmes que Messieurs vous soulevez.
C’est la suite logique de vos travaux ! Nous attendons !

lundi 16 mars 2009

Blog et bio à Bordeaux ?

"www.vitiblog.com" une fabuleuse galaxie de positions et points de vue des mondes de la vigne et du vin.



Printemps "bio" à Lagarette: au pied des vieux ceps, des boutons d'or ...


Nous venons d’achever une promenade numérique dans la blogosphère vigneronne www.vitiblog.com On trouve de tout dans ce méta-blog : blog de vignerons, blog d’amateurs de vins, thèmes en débats, controverses et affrontements entre bio et conventionnels, y compris le blog de Lagarette, etc…
A y regarder de près, cette caverne d’ Ali Baba contient des trésors. Elle nous livre en brut les discours des communautés vigneronnes. L’important ici, c’est bien l’expression “en brut”. Sauf exception, les propos sont simples, directs, sans appareillages inutiles. Ils nous disent ce que pensent nos compagnons et partenaires sur des sujets qui font débats dans nos univers “Viti- Vini”. Nous avons là devant nous, une fanfastique galaxie des positions et points de vues des mondes de la vigne et du vin. C’est fabuleux !.
Espérons qu’aucun grand régulateur ne viendra détruire cette socio-diversité témoin de la richesse de la culture vigneronne. Elle s’exprime pleinement dans les textes des bloggeurs.

En visitant les blogs de vignerons conventionnels, on apprend de surprenantes “ choses”. Le rapport de force, bio / conventionnel, se modifiant, les plus radicaux des conventionnels ont semble-t-il, redimensionné les formats de leurs discours. Cela prend aujourd’hui, à quelque chose près, la forme suivante : “ Le bio c’est bien, c’est même très bien, mais chez nous à Bordeaux ce n’est pas possible”. Il faut être raisonnables ( ouverture vers la viticulture raisonnée) et responsables ( sous entendu les bios ne le sont pas). Nous ne pouvons pas mettre en peril, notre production et la vie de nos exploitations, et tout ce qui va avec, emplois directs et indirects. Sous entendu : Par temps de crise, la defense de l’emploi et de notre patrimoine personnel a plus d’importance que la protection de la santé des consommateurs. Sympa le conventionnel ?

Dans notre région de Bordeaux, nous nous sommes souvent heurtés à un rejet radical de la viticulture “bio” et encore plus de la biodynamie. “ Ce n’est pas possible, c’est meme ici impossible, les bios sont des menteurs, des dissimulateurs, ils sont sales et ils trompent leur monde, ,etc..”. Inutile de donner trop d’importance à ce genre de propos. Mais il faut savoir qu’ils existent, qu’ils circulent même chez les plus jeunes, et qu’ils servent à masquer l’inquiétude panique de certains “Grands Châteaux” du Bordelais, inquiéts qu’on leur demande un jour de prouver qu’ils n’utilisent ni pesticides ni produits phyto-sanitaires divers, et surtout que le taux d’utilisation, si tel est le cas, n’est absolument pas nocif pour la santé des humains.

samedi 14 février 2009

Se reconcilier avec les vins de Bordeaux

Angers 1er Février 2009. Grenier Saint-Jean. Tendances "biodynamie"



Belle manifestation, bien réussie avec de très nombreux participants. Un grand merci à Mark Angéli « Ferme de la Sansonnière », à Nicolas Joly « Coulée de Serrant » www.coulee-de serrant.com, ainsi qu’à tous ceux qui ont participé à la préparation de cet événement.
Mais, grand étonnement ! Etonnement positif que d’avoir entendu plusieurs fois dans la journée « Si vous continuez à « nous donner à boire » des produits d’aussi grande qualité, vous allez nous réconcilier avec les Bordeaux ! Pourquoi ? avons- nous répliqué, y aurait-il des Bordeaux qui vous ont faché ? Faché non ! Mais déçu certainement. Les vins de Bordeaux ont perdu leur originalité Aujourd'hui tous les vins " techno" se ressemblent" même les plus grands."
Ceux qui nous ont tenu ces propos ne sont pas de simples amateurs, mais des professionnels, cavistes, restaurateurs, importateurs. Quels plaisirs ! Quelle reconnaissance !

Les appréciations de Bettane et Deseauve , il y a quelques années, à propos de notre Cuvée Renaissance, vont- elles enfin être entendues par le plus grand nombre : « Le Château Lagarette rappelle ce que Bordeaux sait faire mieux que tout autre ! »

Mais s’il est plaisant de constater que les « meilleurs vins naturels de Bordeaux » peuvent contribuer à réconcilier les acheteurs et consommateurs avec les Bordeaux, il est par contre inquiètant de lire sous la plume de journalistes avertis, des propos comme : « « Demain tout les vignobles seront « bio » et les jeux d’opposition actuels entre « bio » et vins " techno" n’auront plus sens ».
Le sous-entendu est évident. On peut le résumer ainsi : « Puisque demain tout sera « bio », ceux qui ne le sont pas aujourd’hui, le seront demain. Alors à quoi bon vanter les « bio » d’aujourd’hui. Il vaut mieux s’intéresser à des valeurs sûres, connues de tous, et qui demain ne pourront être que bio ou biodynamie.
Non ! nous n’exagèrons pas ! Dans la même publication on trouve un commentaire positif, très positif, sur le vin d’un château "techno" que nous connaissons bien, dont il est dit « prochainement en biodynamie » Ce sont les derniers mots du texte. Tout est dans le mot «prochainement ».

jeudi 29 janvier 2009

Détour par l'Egypte, où la vigne est symbole de la vie qui renait

Nous sommes au bord du Nil, à Louxor, sur les " anciens vergers à vin". Il y a là depuis le Vieme siécle avant JC, les premiers témoignages d'une viticulture organisée. Sur les murs des tombeaux, des peintures fraîches : taille, cueillette des raisins, foulage, pressage, fermentation, soutirage, transport, et conservation : jarres et amphores...



Scène de foulage. Raisin non égrappé dans des cuves en bois d'acacia peint à la chaux.


Détour nécessaire à tous ceux qui souhaitent comprendre, tenter de comprendre au mieux les fondements de nos cultures et de notre civilisation. Mais détour imposé à tout vigneron qui veut se ré-approprier les formes premières de nos pratiques « viti-vini ». Il trouvera inscrites et peintes. sur les murs des tombes dans la « Vallée des artisans » à Louxor, les étapes du travail de la vigne et de la vinification au fil des saisons. Il comprendra aussi la place importante qu’occupait la vigne et le vin dans la vie ordinaire des habitants de la vallée du Nil ( tombe de Senefer). Enfin il sera surpris, comme nous, que certains anciens cépages que nous cultivons – le cabernet franc- étaient présents et productifs dans la Vallée du Nil, il y a 4000 ans.
Visiter de tels lieux est aussi une invitation à la modestie, mais aussi une sollicitation forte pour dépasser – définitivement- des controverses qui n’en sont plus.
A notre connaissance les égyptiens n’utilisaient aucune molécule de synthèse. Ils avaient par contre un rapport, des rapports, intimes avec ce que nous appelons « nature », très cultivés, très insérés dans une vision cosmique du vivant.