vendredi 24 août 2007

Vin de création

Les millésimes et les Cuvées "Renaissance", "Cyrus"..., se succèdent au Château Lagarette. Chacune a sa propre personnalité, résultat d'un long travail pendant l'année, des conditions climatiques de plus en plus difficiles à gérer, des saisons et des vendanges, mais aussi de "l'art de vinifier" sans toxique. Recherche quotidienne inspirée de la sagesse des anciens, complexe, divine et humaine, à laquelle nous sommes très attachés.




En quelque sorte, la création d’un grand vin "naturel" (non toxique) ne peut être le simple résultat, le produit, d’un savoir technoscientifique, acquis sur les bancs de l’école. Non ! Cela ne peut suffire ! Concourent à la création d'un grand vin, bien des parentèles, des filiations et des affiliations, des imaginaires, des passions, des répulsions, de la raison et de la déraison de la souffrance et du plaisir des tentatives réussies et des échecs.

Dans l'instant de la création toutes sortes de mondes sont convoqués. Des mondes présents, passés, petits et grands, porteurs d’initiatives multiples. Tous immobilisent au plus intime, au plus singulier, les actes mêmes de celui qui crée : le maître, la maîtresse de chai.

De ces instants-là, au moment où la création prend forme, on en parle peu. Par pudeur, par crainte, par courtoisie, peut-être. Ou tout simplement parce que ce que l’on fait, ce qui se passe en ces moments ne se laisse pas dire facilement par ceux qui font. Les mots manquent. Ceux qui se forment sur nos lèvres ne disent pas ce qui se fait, mais plutôt ce qui doit être fait, ce qu’il est convenable de faire. Ce sont des mots écrits par d’autres qui s’imposent. Mots bien souvent empruntés à ceux qui n’ont jamais fait ce dont ils parlent.

Distorsions. Surpuissance du langage savant. Oubli et rejet de la poésie au profit du logos savant fait dans les actes même de la création. Ce qui se dit et se partage communément ne parvient que très difficilement à dire ce qui se fait dans les actes mêmes de la création.

Peut-être faudrait-il se contenter de nommer sans chercher à tout expliquer ?

mercredi 1 août 2007

Le "bio" dérange !

Qu'est-il arrivé à Bernard Pouey, "agriculteur Bio" dans le Sud Ouest de la France ?



Le "bio" dérange. Pendant longtemps on s'en est amusé. Les "bios", individus ou pratiques, faisaient rigoler la galerie. Chacun avait son "bio" et les histoires qui vont avec, un peu comme avant (fin des années 70) où chacun dans son village avait son "hippie" et les histoires croustillantes et délirantes qui leur étaient attachées.

Et puis, et puis... la vache est devenue folle, les moutons ont attrapé la tremblante, les poulets, la grippe aviaire, les moules ne sont plus comestibles, les huîtres sont souvent malades, les antennes téléphoniques ne sont pas sans effet sur la santé des personnes, les voitures polluent, le CO2 tue, la planète s'épuise, les nappes phréatiques sont polluées, etc. Il paraîtrait même que les engrais, les pesticides et autres "roundups" seraient sources de maladies. Ainsi le progrès, le progrès propre, celui qui nettoie, serait vraiment sale. Sale jusqu'à n'être plus présentable.

Situation gênante, très gênante pour tous ceux, élus, agents économiques et instances administratives, qui tirent profits et pouvoirs, du prétendu "progrès" en ignorant - sont-ils sincères ? - tous les dégats sanitaires et sociaux que celui-ci a pu générer et qu'il va continuer à générer, si les rapports de force restent inchangés.

Il importe donc pour tous ces écocides (ceux qui tuent la nature) de faire taire le "bio", si possible de le chasser et si nécessaire de le ruiner. Car le "bio" par ses pratiques, par le simple fait qu'il soit là, fait ressortir les pratiques détestables et meurtrières des "amis du progrès propre".

C'est ce qui est arrivé à Bernard Pouey, agriculteur "bio" installé à Saint-Dos, entre le Béarn et le Pays basque. Il faut dire qu'il en a rajouté au simple fait d'être présent. Cerné par des champs de maïs OGM. Il a souhaité observer et expérimenter les effets de l 'environnement OGM sur ses propres plantations. Et comme par hazard, malgré toutes les précautions prises, son "maïs test" est devenu famélique, devenant ainsi incapable de porter la preuve attendue.

Suspicions, sabotages, plaintes, procès à venir... On veut discréditer celui qui dénonce les crimes commis contre la nature en l'empêchant de fabriquer de la preuve.

Cette histoire n'est pas la première du genre, et elle ne sera sûrement pas la dernière. Il faut faire taire le "bio". Hélas pour les "amis du progrès propre", l'opinion publique est en train de basculer par peur bien sûr, mais aussi parce que la mémoire paysanne, celle des savoirs traditionnels n'est pas loin : une, deux à trois générations au plus.
Vivre autrement est possible, d'autres l'ont fait avant nous, et ça n'était pas l'âge de pierre.
Restons vigilants.